Hommage à Claude Blanchard

5 février 2009

 

 Claude Blanchard : Un être d'exception

Texte de Royal du Perron

Voir photos de Claude Blanchard par Roland de Québec

 

 

 

 

 

 

Cet artiste de grand talent, né en 1932 a perdu son père à l'âge de 3 ans. Ce décès plongea sa mère et toute la famille dans une pauvreté extrême. Claude jure alors qu'un jour il prendra sa revanche. Avec sa sœur Claudette, il débute dans des concours amateur alors qu'il n'a que 14 ans. Puis, il prend des cours de claquettes avec Marcel Miron et il forme avec lui le duo les Lucky Boys.  Il épouse ensuite Armande Cyr, l'ex-épouse de Réal Béland (Ti-Gus) avec qui il produit des spectacles.  Plus tard, Jean Grimaldi l'engage dans sa troupe pour jouer avec Juliette Pétrie, Paul Desmarteaux et plusieurs autres.  

Longtemps prince des cabarets, Claude Blanchard, l'homme à la cravate blanche, (du nom de son cabaret à St-Sulpice) est en demande partout au Québec. C'est d'ailleurs à cette époque qu'il rencontre son amoureuse, l'artiste Louise Harrison avec qui terminera sa vie.

J'ai du le privilège de voir Claude Blanchard dans un spectacle de cabaret, avec son comparse Léo Rivest. Pas facile, quand le spectateur est fortement «imbibé» d'alcool. Tel un grand seigneur, Monsieur Blanchard savait composer dans pareille situation et il en sortait avec tous les honneurs.  Son secret résidait peut-être dans sa force de caractère, sa grande détermination et son respect de tous les publics. Ami d'enfance de Frank Cotroni, Claude Blanchard avait ses entrées dans tous les milieux.

Le comédien et chanteur a été très en demande à la télévision dans des émissions de variétés mais il excelle aussi des dramatiques. Son personnage de Roger Perreault dans Omertà, la loi du silence de Luc Dionne et celui de Harry Smith dans Montréal, P.Q. de Victor-Lévy Beaulieu lui valurent beaucoup d'éloges. Sans compter celui de Pierre Boivin, le père de l'héroïne dans Virginie de Fabienne Larouche, rôle qu'il interpréta jusqu'à son décès en 2006.  Quelques années plus tôt, il avait offert à son public un spectacle de grande classe, avec décors et costumes, choristes et danseuses, au prestigieux Cabaret du Casino de Montréal.

Blanchard fut aussi un acteur très prisé au cinéma. Il a tenu avec brio des premiers rôles pour nos plus grands cinéastes, notamment Gilles Carle, André Mélançon et Denys Arcand.

L'artiste fantaisiste savait enjôler tous les publics. Son personnage de l'écolier Nestor et sa chanson «Chus d'bonne humeur» restent bien ancrés dans l'imaginaire collectif des Québécois.

Bien que boudé par certains artistes qui considéraient son théâtre burlesque d'art mineur, Claude Blanchard a été un des rares comédiens de chez nous à se produire au réputé Ed Sullivan Show sur CBS, émission très suivie à l'échelle continentale. Il a été nommé Monsieur Télévision en 1970. Il a aussi reçu un Prix Gémeaux pour son rôle dans le film Blue le Magnifique de Pierre Mignault et surtout, on lui a décerné le Prix Hommage Métrostar en 1997 pour l'ensemble de sa carrière.  Avec cet ultime honneur, Blanchard était désormais accepté par ses pairs.   Moments privilégiés en télévision, il est alors monté sur scène et offrant son visage buriné aux caméras, il s'adressa au parterre d'artistes présents en disant ces simples mots: «Merci de faire maintenant partie de vous.» L'attente fut longue mais la récompense, exceptionnelle : son humble déclaration lui valut une ovation debout, d'interminables applaudissements et la manchette de tous médias dans les jours qui suivirent. Désormais, tous les membres de la colonie artistique considéraient un privilège l'occasion de travailler avec lui.

Le comédien savait se mettre au diapason des petites gens. Son âme artistique réunissait des talents exceptionnels et des qualités humanistes rarement réunis chez une seule personne. Seuls les très grands peuvent réussir cela.

Claude Blanchard était un être d'exception. Un artiste comme en voit rarement. Un par siècle, peut-être.

Royal du Perron

Marcel Perron, Webmaster

Voir photos de Claude Blanchard par Roland de Québec

Par Marcel Perron le 5 février 2009, 01:16